Mulhouse, un urbanisme composite

La soirée du 22 juin à l’initiative de Mulhouse J’y Crois sur le thème « Urbanisme: Mulhouse dans 10 ans, les enjeux d’aujourd’hui”, a eu le grand mérite de libérer la parole d’architectes et d’urbanistes sur la ville. L’urbanisme à Mulhouse, il fallait y croire hier soir, tant son plan ressemble à un patchwork mal cousu. L’une des perspectives d’avenir peut résider – comme souvent à Mulhouse – dans le potentiel entrepreneurial qu’elle possède toujours… mais leur espace-temps n’est pas celui des urbanistes.

Après une présentation rapide du Plan Local d’Urbanisme, en plein renouvellement, de son principe et de quelques perspectives d’avenir (dont les trames vertes et bleues le long du canal et cours d’eau dont on parle depuis des années !), les architectes ont présenté leurs idées sur Mulhouse. Pour Alexandre da Silva, qui a placé sa loupe au sein même des quartiers , la ville souffre d’incohérences architecturales. Bien souvent, des bâtiments neufs à façade pauvre jouxtent les immeubles typiques de Mulhouse qui, même simples (3 étages, 1 appartement par étage), présentent une qualité intéressante (contour des fenêtres, forme des portes d’entrée…). « On ne se sert pas assez de l’histoire, où des idées sont à prendre« , indique l’architecte installée… dans une friche DMC rénovée. Autre travers de la ville, relancé plusieurs fois : « On ne finit pas les ZAC » . En effet, comment comprendre l’affreux no man’s land de la rue Neppert ? Par ailleurs, des parties de ville sont à l’abandon, comme le secteur rue du Manège-rue Saint-Fiacre avec ses cours et garages à l’aspect peu engageant, qu’on pourrait réaménager pour le rendre à des usages plus conviviaux, et sans que le budget soit colossal. Selon l’architecte Guillaume Delamazure, qui a construit notamment le Chrome à côté de la Gare où se tenait la soirée, l’une des explications réside dans « l’urbanisme d’opportunité » dont a longtemps souffert la ville, « un urbanisme qui se construit au gré des besoins et des propositions que l’on est trop heureux d’accueillir, alors qu’il faudrait les encadrer et les contraindre en fonction d’une réflexion d’ensemble« . Une réflexion à élargir à l’échelle de l’agglomération, elle ne doit pas se limiter à la ville-centre.

 - Hanz Wirz (urbaniste – Bâle) - Laurent Naiken (atelier Ville & Paysages) - Guillaume Delemazure (DeA Architectes) - Alexandre Da Silva (Esquisse Architecture)
Alexandre Da Silva (Esquisses Architecture) – Hanz Wirz (urbaniste à Bâle) – Laurent Naiken (atelier Ville & Paysages) – Guillaume Delemazure (DeA Architectes)
Animation : Olivier Chapelle (L’Alsace) et Sophie Plawinski (Citivia)

Comment résumer Mulhouse en un mot ?
Cette absence de fil d’Ariane ou de concept sous-jacent caractérise l »urbanisme mulhousien, ville composite constituée au fil de son histoire en patchwork progressif. Une histoire jalonnée par des destructions (usines) et constructions (tours et immeubles collectifs) au gré des besoins économiques et sociaux, sans oublier les guerres et occupations (casernes, destructions, reconstructions). (A l’extrême, on pourrait considérer les cités-jardins comme un « urbanisme d’opportunité » du 19ème siècle, sauf que leur intérêt architectural a grandi depuis, ndlr). Justement, la question des valeurs présidant à une réflexion urbanistique a été soulevée : on privilégie tels ou tels projets en fonction des époques, des moeurs et d’un contexte économique, mais au moment où on construit, comment savoir si on crée une valeur urbanistique durable ? Son passé – et cette incertitude – empêchent Mulhouse d’être associée à un concept unique, voire un mot, à l’instar de Fribourg (All) ou de Bâle. « Culture unlimited » est en effet sa baseline, prouesse à souligner pour une ville dont on retenait surtout les effluves chimiques nauséabondes il y a 40 ans. Comme le reconnaît Sophie Plawinski de Citivia, trouver pour Mulhouse une idée-phare qui résumerait la ville est compliqué, compte tenu de son développement erratique,  mais aussi de ses pépites éparpillées (friches industrielles, petits parcs, immeubles intéressants, places du centre-ville, cours d’eau) sans cohérence d’ensemble.

A Mulhouse, les entrepreneurs bougent toujours
L’assistance de la réunion Mulhouse J’y Crois était très concernée par le sujet. Un participant à la réunion appelle de ses voeux « la création d’un Rebberg » au centre-ville, soit améliorer l’habitat pour attirer des habitants trop peu nombreux. Sur la même ligne, la représentante d’une banque nationale déplorait la fuite des entreprises vers le Parc de Collines, faute de mesure attractive pour maintenir de l’activité économique au centre.

Mulhouse est une ville qui passionne aussi les promoteurs et architectes, ville a priori ouverte à tous les possibles. Dans son patchwork urbanistique, ils tirent des fils pour créer des projets. Ainsi, l’immeuble Almaleggo de Sodico, un challenge urbain pour Mulhouse, comme le fut en son temps le bâtiment annulaire cité lors de cette soirée. Situé Quai d’Alma, ce bâtiment original et haut de gamme en forme de H défie l’architecture ambiante et le voisinage d’immeubles modestes. Ou encore, l’une des propositions de l’architecte Hugues Klein, qui souhaite que l’on piétonnise entièrement la Place de la Bourse, souvent considérée comme la plus belle de Mulhouse, pour y installer jeux pour enfants et terrasses.(La voiture, à ce propos… difficile d’y toucher, les habitudes sont tenaces).

Mais les entrepreneurs ne jouent pas dans le même espace-temps que les institutions liées à l’urbanisme. Un restaurateur, Laurent Mathieu, travaille depuis 2 ans sur son projet innovant à l’Atelier, à la Fonderie, et commence à trépigner. Le team du KM0, village numérique  à la Fonderie qui devait ouvrir à l’automne 2015, puis au printemps 2016, prendra son mal en patience au moins jusqu’en septembre 2017. Or Mulhouse, qui s’est construite grâce aux initiatives entrepreneuriales ou intérêts privés et publics étaient mêlés, est en train d’étouffer ce qui fait justement son ADN : cet enthousiasme pour monter de projets et prendre des risques. L’audace et la réglementation, mal français, sont des notions difficiles à concilier…

Au terme de cette soirée riche en réflexions et en échanges, on peut se demander si la richesse de Mulhouse n’est pas justement dans son aspect composite, traduit dans son cosmopolitisme, chaque micro-ensemble constituant un témoignage de son passé ? Et pour relier ces lieux de vie, dans une ville textile, il y a forcément un fil… le fil de l’eau !

Béatrice Fauroux

Site de l’association Mulhouse J’y Crois : www.mulhousejycrois.com


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Béatrice Fauroux

Fondatrice et rédactrice en chef

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