[DOSSIER] La Ferme du Château à Pfastatt : La ferme au cœur de la ville

À quelques pas seulement du cœur de la ville, la Ferme du Château a retrouvé une activité digne d’une fourmilière. Sur 15 hectares de terrain, arbres fruitiers et cultures maraîchères ont repris leurs droits, alors qu’une boulangerie, un pépiniériste et un magasin de vente proposent les productions propres de la ferme. Ouverte il y a cinq mois et tout juste inaugurée, la Ferme du Château propose un modèle économique unique.

La ferme du château de Pfastatt est connue depuis 1301. Le château qui lui a donné son nom a disparu. Par la suite elle a été liée à une entreprise de blanchiment de tissu, puis dès la fin du 19e siècle, elle est devenue propriété de la ville. Depuis, elle était occupée par des agriculteurs locataires. Mais lorsque le dernier d’entre eux, Dany Nussbaumer, a pris sa retraite en 2015, la survie de la ferme semblait sérieusement compromise, après plus de six siècles d’existence. Aucun agriculteur ne se manifestait pour la reprendre, ces 15 hectares de terre étaient classés constructibles, et la municipalité de Pfastatt, tout en souhaitant maintenir une coulée verte dans la ville, n’avait pas de véritable solution. Alors la famille Nussbaumer a pris son bâton de pèlerin pour chercher de l’aide. Et elle a trouvé un Bas-Rhinois, Timothée Rothgerber, producteur de pommes à Traenheim  (la famille exploite vignes et vergers à Traenheim depuis 1542). Ce dernier s’est épris du site, a développé un nouveau projet avec le directeur du site Rodolphe Sauvion à qui il a confié la gestion ; un projet qui a conquis la municipalité de Pfastatt. Charentais d’origine, celui-ci a étudié au lycée Schweitzer à Mulhouse avant des études commerciales à Epinal. Il a fait ses armes chez Géant, Leclerc puis Système U. La rencontre avec Timothée Rothgerber lui ouvre les portes d’une nouvelle aventure. Après quatre années de transformations, la ferme du château nouvelle formule a rouvert ses portes. Elle propose des légumes – et bientôt des fruits – bios, un magasin de produits bios ou provenant de circuits courts, la boutique d’un pépiniériste, et une boulangerie-restaurant où tout est fait sur place.

Un verger de 1800 arbres
En matière d’agriculture, Timothée Rothgerber n’est pas un nouveau venu. « Nous (lui et son frère) sommes producteurs de fruits à Traenheim, dans le Bas-Rhin, explique-t-il. C’est notre savoir-faire. Les arbres étaient la passion de mon père, qui en a fait son métier, et nous poursuivons. » Lorsqu’il a accepté de se lancer dans la sauvegarde de la ferme du château, sa première initiative a été de planter 1 800 arbres fruitiers : pommiers, cerisiers, abricotiers, mirabelliers, quetschiers, pruniers, pêchers… Tous en agriculture bio. D’ici quatre ou cinq ans, leurs fruits pourront être vendus directement dans la boutique, ou servir de base aux tartes et pâtisseries proposées dans le local voisin.

Circuit-court et bio
En contrebas du verger, 2 000 m2 de serres flambant neuves. Pour l’instant, seules des salades et des plants de tomates bio y poussent, mais au fil des saisons, les légumes vont varier. « Comme un peintre joue avec sa palette de couleurs, nous proposerons un spectre assez large. Les gens pourront comprendre comment nous travaillons et vivons, et le voir de près » explique Timothée Rothgerber. Courgettes, aubergines, tomates diverses, poivrons, piments et autres salades prospèrent désormais, vendus sur l’étal à quelques centaines de mètres des serres. Outre le magasin de vente, qui propose les légumes (et d’ici deux ans les fruits) produits sur place, mais aussi des produits régionaux d’une soixantaine de producteurs, (particulièrement recommandés, les fleischnackas et lawerknepflas de “Chez Elodie”, productrice de spécialités de canard et volaille à Cernay), deux autres entreprises complètent l’offre de La Ferme du Château. Dans le grand bâtiment qui abritait de l’ancienne étable, une boulangerie s’est installée, avec tables et fauteuils de récupération. L’enseigne, Poulaillon, est plutôt liée à la boulangerie industrielle. Mais la famille Poulaillon, partenaire de Timothée Rothgerber dans ce projet, a investi à ses côtés, et sous le logo “Poulaillon à la ferme”, va faire du bio, avec des recettes renouvelées. « Ils (la famille Poulaillon) se sont dit intéressés pour faire du neuf, sortir de leurs habitudes et revenir aux produits et à la nature » affirme Timothée Rothgerber. Les boulangers préparent la pâte derrière une paroi vitrée, sous les yeux des clients, le grand four à bois trône à côté des tables, et à terme, les produits – y compris une partie de la farine – devraient venir des champs et des vergers de la ferme. Dans le magasin attenant, une nouvelle construction accolée à l’ancienne étable, les clients peuvent trouver de la viande bio provenant de producteurs locaux, et des fruits et des jus de la ferme Rothgerber. Dans l’immédiat, certains légumes viennent encore de plus loin, mais à terme, le projet de Timothée Rothgerber est que « les circuits (soient) les plus courts possibles entre verger, champs, boulangerie-restaurant et magasin. »

Autre partenaire, la pépiniériste Naegely d’Illkirch, qui déploie plantes et arbustes en attendant de cultiver en pleine terre. Enfin, la Ferme du Château peut compter sur l’association des Amis de la Ferme, dont la mission principale est de « rapprocher la Ferme du Château des habitants de Pfastatt et ses environs, pour leur faire redécouvrir les valeurs qui ont toujours constitué la force de ce lieu : la nature, l’agriculture, le respect de la terre et des hommes » L’association a en projet la création d’une mini-ferme, petit parc animalier pédagogique dont les premiers pensionnaires sont arrivés : lapins, poule, chevreaux. Ils grandissent à l’abri dans des cabanons construits par les bénévoles de l’association. Une trentaine de personnes ont déjà été embauchées sur le site.

Pierre Alain

Ferme du Château de Pfastatt
2 rue de la Ferme 68120 Pfastatt
www.fermeduchateaupfastatt.fr
03 89 34 48 85

A l’occasion de l’inauguration de la Ferme du Château de Pfastatt, Fabian Jordan, le président de Mulhouse Alsace Agglomération a souligné que « ce concept imaginé par Timothée Rothgerber renforce l’attractivité de notre territoire. L’agriculture est un secteur stratégique pour le développement de notre territoire et le bien-vivre ensemble. Ce projet est un bel emblème de la dynamique que nous encourageons au sein de m2A avec ce regroupement en un même lieu de nombreux éléments d’attractivité : une ferme, un verger pédagogique, une exploitation biologique et un magasin de vente directe de produits locaux. Plan Climat, Programme Alimentaire Territorial, agriculture durable, circuits courts, défense de la biodiversité, m2A est pleinement engagée dans la protection de nos ressources et pour une économie solidaire, respectueuse de notre environnement ».


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