Attractivité : Le millefeuille alsacien

Ce numéro fait la part belle aux entrepreneurs et aux citoyens qui travaillent pour leur ville. Cette prise en main du destin collectif préfigure sans doute l’avenir, et voilà pourquoi : c’est parce que, trop souvent, nos édiles sont entrés dans une complexité abstraite où les gens ne se retrouvent pas. Où va notre région ?…

Les têtes pensantes élues dans les instances de notre région et œuvrant dans les collectivités à différents échelons ne manquent pas de matière grise pour penser l’avenir économique de l’Alsace. Citons par exemple, “S3” (Stratégie de spécialisation intelligente en Alsace, si on cherche les 3S il faut traduire en anglais : Smart Specialisation Strategy, rien que ça), qui fait l’objet d’une superbe brochure à télécharger. Il y a le SRDEII (Schéma Régional de Développement économique d’innovation et d’internationalisation, ouf !) qui propose une stratégie partagée sous la forme de rencontres avec des entreprises sur tout le territoire. L’Agence d’Attractivité pour l’Alsace (AAA, au moins l’acronyme se retient facilement) est en train de proposer une stratégie économique et touristique aussi.

Ces stratégies qui se croisent, se superposent et rivalisent, rendant le discours alsacien inaudible. Les entreprises locales se sentent éloignées de ces prouesses intellectuelles. Elles veulent des axes de circulation performants, des contacts avec des marchés étrangers, des allègements fiscaux, un code du travail simplifié et des guichets uniques pour recruter, trouver un terrain ou se faire accompagner à l’export ou à l’innovation.

. Quel est le numéro de l’Alsace? C’est la question posée par Philippe Choukroun (page 5). Sur le terrain, on observe des dispositifs d’accompagnement aux entreprises qui s’additionnent, des structures qui se multiplient… et dont le coût et la performance restent à évaluer. Pour couronner le tout, on a même été jusqu’à évoquer la création d’une grande agence de développement pour l’Alsace à la réunion SRDEII de Mulhouse le 30 juin… Après avoir martelé depuis des mois, voire des années, qu’il faut « simplifier le mille-feuille alsacien ». Pendant ce temps, la région peine à attirer des cadres et jeunes diplômés, ses entreprises vieillissent et on s’efforce d’attirer des entreprises extérieures plutôt que d’aider celles qui sont sur le territoire. On marche sur la tête (pensante).


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Béatrice Fauroux

Fondatrice et rédactrice en chef

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