[Dossier du mois] Seconde vie pour Maurer-Tempé

Les magasins Maurer-Tempé ont été contraints de fermer leurs portes suite à leur liquidation judiciaire. L’usine de production de charcuterie de Kingersheim a pu être reprise par 105 salariés sur 135, qui ont monté une Scop (Société coopérative et participative) dirigée par Mathieu Rouillard, directeur commercial et marketing, devenu PDG de cette Scop.

Une page s’est tournée en avril dernier avec la fermeture des treize enseignes de la boucherie Maurer-Tempé. Le redressement judiciaire est passé par là. Mais, finalement, l’essentiel a été sauvé, puisque l’on continue de trouver ces produits en grandes surfaces. L’usine de charcuterie revit au travers d’une Scop et entend poursuivre son activité sur de nouvelles bases. Le Phoenix renaît de ses cendres et c’est une nouvelle vie pour l’usine de charcuterie Maurer-Tempé Alsace, nouveau nom de la célèbre charcuterie née il y a 109 ans, qui revendique plus que jamais sa volonté d’être « un porte-parole de la gastronomie alsacienne ».

Aujourd’hui, 51 % du chiffre d’affaires est effectivement réalisé en dehors de l’Alsace et l’enseigne se fait fort de se développer à l’export, comme elle le fait déjà en Belgique et à Londres. Contrairement aux boucheries-charcuteries de la marque qui ont dû cesser leur activité, l’usine, elle, n’a jamais cessé sa production et annonce même un chiffre d’affaires en augmentation de 10 % fin avril par rapport au mois dernier. Le 1er avril 2019, le projet de reprise par des salariés et porté par l’ancien directeur commercial et marketing, Mathieu Rouillard, a vu le jour sous la forme d’une Scop : 105 salariés sur 135 sont restés et devenus associés de l’entreprise, sur la base d’une participation d’au moins un salaire mensuel net. Leur projet est de tenir une “stratégie de suivi” et engager, d’ici septembre, durant la période creuse, une restructuration de l’entreprise dans son fonctionnement. Le but : « prendre de l’avance grâce à cette nouvelle philosophie impulsée par le volet humain, d’implication et d’exigence inhérent à une Scop », explique le nouveau PDG de l’entreprise, resté directeur commercial et marketing. La Région Grand Est a joué le jeu et voté une aide de 400 000 € sous la forme d’une bourse d’engagement, doublant l’apport de chaque salarié.

Passer rapidement de 104 à 119 salariés
« Notre but est de spécialiser les métiers et, rapidement, de passer à 119 salariés, qui deviendront également associés », explique Mathieu Rouillard. Si le nombre de postes a diminué à l’administration, des recrutements auront lieu : cutéristes, adjoints de production, préparateurs de pistes, contrôleur de gestion, laborantin d’analyses au service qualité… Une politique de recrutement qui correspond à une nouvelle orientation d’avantage marquée par le qualitatif. « On ne veut pas seulement 1000 Knacks par jour ; on veut 1000 Knacks répondant à tel cahier des charges, avec telle qualité, tel calibre. Nos produits sont ancrés dans un savoir-faire. Nous voulons de la qualité et véhiculer une image de marque de qualité », martèle le nouveau PDG. « La marque compte quelque 260 produits, avec des variations saisonnières. Nous visons une amélioration des recettes avec un développement du clean label, sans additifs. Une étude sera réalisée d’ici septembre pour calculer le coût de revient réel des produits, avec de potentielles répercussions sur les prix, pour que les marges restent suffisantes même lors des mois creux du printemps », souligne Mathieu Rouillard. Avec cette Scop, le fonctionnement interne de l’entreprise va aussi en être transformé, avec, par exemple, un conseil d’administration passé à 17 personnes et un management plus moderne ; un management basé sur l’humain et l’exigence, dans la bienveillance, l’empathie, le respect, pour motiver les équipes.

800 000 € / an à investir les deux premières années
Une série d’investissements est programmée au sein du site à Kingersheim. Tous les ateliers seront touchés, avec une priorisation selon le niveau d’urgence, mais c’est le conditionnement qui se fera en premier, car c’est le poste où il y a le moins de personnes, puis l’atelier traiteur également en première année. En deuxième année, c’est l’atelier charcuterie qui sera concerné. En tout, 800 000 € par an seront investis pendant les deux premières années. L’objectif des salariés associés est, avant d’envisager de recréer leurs propres magasins, de poser l’entreprise Maurer-Tempé Alsace comme un porte-parole de la gastronomie alsacienne, de se développer à l’export, le tout en se basant sur leur savoir-faire, en faisant le choix de la qualité, et en tentant de relocaliser leurs approvisionnements qui sont pour l’instant d’origine UE.

Pierre Alain

Maurer-Tempé Alsace
12 rue de l’Industrie à Kingersheim
03 89 52 21 11
www.maurer-tempe.com


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