Depuis l’enfance, Renato Montanaro crée. Sans modèle familial, sans visites d’expositions, sans trajectoire toute tracée vers l’art. Simplement avec cette envie viscérale de faire, d’inventer, d’expérimenter. Quarante ans de carrière plus tard, l’artiste mulhousien n’a rien perdu de cette curiosité presque enfantine qui le pousse sans cesse vers de nouveaux univers.
Attiré par toutes les formes d’art depuis sa plus tendre enfance, Renato Montanaro ne s’est jamais arrêté de créer. Issu d’une famille d’immigrés italiens, il n’a pourtant jamais été emmené par ses parents voir la moindre exposition. « Cela fait cliché de le dire, mais je l’avais en moi. Comme beaucoup d’enfants, j’avais envie de créer. Sauf que là où beaucoup s’arrêtent vers huit ou neuf ans, chez moi, cette envie n’a fait que grandir. Mais même dans mes rêves les plus fous, jamais je n’aurais imaginé pouvoir en vivre ! » Ses premières œuvres, il les garde longtemps pour lui, sans oser les montrer. Il s’associe ensuite avec son frère pour créer une entreprise spécialisée dans l’agencement et les travaux d’art associés, sur des projets très haut de gamme. Jusqu’au jour où il décide de tout quitter, de sortir du cadre traditionnel pour entrer pleinement dans le sien : celui de l’art. « Cela fait quarante ans que je suis artiste et mon seul regret est de ne pas l’avoir fait plus tôt. »
Changer de terrain de jeu
La carrière de Renato Montanaro est jalonnée de séries et d’univers très différents. Parmi les plus emblématiques figurent ses célèbres vaches, un thème qu’il a exploré à trois reprises, en leur inventant à chaque fois un monde nouveau. Une première période ludique, une deuxième plus géométrique, puis une troisième résolument surréaliste. L’une d’elles a même pris place devant la mairie de Mulhouse. « On m’a souvent demandé pourquoi les vaches, sourit-il. J’ai toujours adoré les observer pendant mes balades au bord des prés. Cela m’amusait de les représenter sous différentes formes. » Autre moment fort de son parcours : les Bourgeoises. Renato Montanaro revisite alors des portraits issus de grandes maisons en leur apportant une touche résolument contemporaine. « J’utilisais les jouets de mon fils qui traînaient dans l’atelier, des bandes dessinées, des mangas… Elles ont eu un succès dingue. » Il aurait pu prolonger indéfiniment ces thèmes devenus emblématiques. Mais rester dans une formule qui fonctionne n’est pas vraiment dans sa nature. « Si je me lasse d’un thème ou d’une technique, il faut que je change. C’est comme un enfant qui se lasse de son jouet et qui en a besoin d’un autre. » Aujourd’hui, c’est l’étoffe que l’artiste explore. Il travaille sur de grandes pièces de jacquard, un tissu tissé et résistant, sur lesquelles il peint tout en cherchant à préserver au maximum la matière et les motifs d’origine. « C’était une évidence. Dans toutes mes œuvres précédentes, je cherchais déjà à habiller mes fonds avec de la dentelle, des tissus ou toutes sortes de graphismes. »Guidé par le beau, Renato Montanaro conserve également une source d’inspiration qui traverse son travail : la femme. « C’est simple, pour moi, il n’y a rien de plus beau. Elles sont incroyables dans leur manière de parler, de bouger, dans leurs rondeurs. Elles me donnent envie de travailler, de réaliser des portraits. » Des vaches au jacquard, des Bourgeoises aux portraits féminins, Renato Montanaro refuse de choisir un seul terrain de jeu. Car chez lui, créer signifie avant tout rester curieux. Et quarante ans plus tard, l’enfant qui voulait sans cesse inventer quelque chose semble toujours bien présent.
Emilie Jafrate
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