Édition : Mulhouse/Sud-Alsace - 17 octobre 2026

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Nicolas Wagner, sculpter les tensions pour provoquer les émotions

Artisan, commerçant, soudeur, titulaire d’un bac S… Nicolas Wagner a emprunté mille chemins avant de s’assumer pleinement comme artiste. Aujourd’hui, depuis son atelier installé au cœur de sa maison autonome, il transforme ses questionnements en matière, en volume et en expériences, avec une seule ambition : provoquer une émotion et laisser chacun libre de l’interpréter et de poursuivre l’expérience.

Artisan, commerçant, soudeur, titulaire d’un bac S… Nicolas Wagner est passé par mille et un métiers avant d’assumer pleinement son identité d’artiste. Le véritable déclic remonte à trois ou quatre ans, lorsqu’il installe son atelier au cœur de sa maison autonome. « Sans cet atelier, je ne me serais pas lancé. J’avais besoin de mon endroit à moi. Et en réalité, c’est un laboratoire d’expériences », souligne-t-il. Cette âme d’artiste, pourtant, a toujours été présente. « Comment je me suis découvert ? Je crée depuis que je suis enfant. J’ai toujours eu ce ressenti différent, ce besoin d’aller plus loin, de poser des questions différentes. J’ai toujours eu un rapport différent aux gens et à la matière. Et je n’ai jamais supporté de rester assis plus d’un an au même endroit. J’ai un parcours hétéroclite. » Chaque œuvre naît ainsi de ses propres questionnements. Des interrogations auxquelles, à ce jour, Nicolas Wagner n’a d’ailleurs pas forcément trouvé de réponses. La création commence toujours dans l’esprit, autour d’une idée. « Le point de départ est rationnel. Puis tu laisses travailler l’esprit, tu lui donnes une âme. Chaque œuvre demande des compétences techniques, impose des contraintes en termes de matière et d’application, que je pose d’abord sur esquisse. C’est ma phase labo. »

Vers une immersion totale
Vient ensuite une étape plus intime, presque conflictuelle. « Il y a ce combat intérieur entre ce qui sort et ce qu’on choisit de laisser au placard. J’essaie de sculpter une tension, comme une photo figée dans laquelle on laisse s’exprimer un état spirituel, émotionnel. Une vibration que les gens peuvent ressentir. » Pour Nicolas Wagner, une œuvre ne s’achève véritablement que lorsqu’elle quitte son atelier. « Lorsque l’expérience est terminée, tu la donnes à quelqu’un d’autre, à une personne qui souhaite poursuivre l’expérience. » Son travail cherche avant tout à provoquer une émotion, qu’elle soit positive ou négative. Ses œuvres deviennent autant de prétextes à la rencontre, au questionnement et au dialogue intérieur. « Mes réponses ne sont pas forcément celles des autres. Je ne veux surtout pas imposer une réponse. Je veux que la personne reste libre de son interprétation, de ses ressentis. Même une critique, je la prends. Cela signifie que mon travail provoque une émotion, que quelque chose se passe. Nous ne sommes alors pas dans un monde stérile et uniforme. » Avec son regard décalé, Nicolas Wagner aime aussi chercher cette touche de lumière dans la noirceur des choses. S’il affectionne particulièrement la matière et le volume, il explore également les outils graphiques et imagine déjà la suite de son travail. « À mesure que le temps passe, je ne me vois plus exposer sans son ni lumière. J’ai envie de plonger les visiteurs dans une expérience immersive. » Une évolution presque naturelle pour un artiste qui ne cherche pas à donner des réponses, mais à créer les conditions pour que chacun trouve les siennes.

Emilie Jafrate

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