Depuis l’enfance, Hugues Baum entretient avec l’image une relation presque viscérale. Dessinateur, peintre, illustrateur et graphiste, le Mulhousien n’a jamais vraiment cessé de remplir carnets, feuilles et toiles. Après plus de trente ans de création, il continue pourtant de chercher, d’expérimenter et, surtout, de se laisser surprendre. Jusqu’à faire aujourd’hui du dessin en direct un nouveau terrain de jeu.
Il se souvient encore de cette visite au Musée des Beaux-Arts. Hugues Baum a alors une dizaine d’années et, avec toute l’innocence de son âge, demande à son père ce que signifie l’expression « Beaux-Arts ». La réponse est aussi simple que décisive : « C’est l’école où tu ne fais que dessiner. » À partir de ce moment-là, quelque chose s’installe. Le dessin ne quittera plus vraiment sa vie. Pendant deux ans, Hugues suit des cours du soir. À 16 ans, ses parents doivent même signer une dérogation pour qu’il puisse participer aux séances de dessin de nu. Partout, il observe et dessine. « En colo, j’échangeais des dessins contre d’autres choses, je dessinais les profs… Mais un jour, j’ai compris que tout le monde n’était pas aussi fasciné que moi par l’image. » Cette fascination, justement, devient rapidement une manière de regarder le monde. Les bandes dessinées sont passées au crible : Hugues Baum cherche à comprendre un trait, un contraste, une composition, la façon dont quelques lignes suffisent parfois à créer une émotion. Au moment de choisir une orientation professionnelle, les arts appliqués s’imposent naturellement. Il se forme en communication visuelle au Quai à Mulhouse. Une formation qui l’amènera à mener une forme de double vie, entre graphisme professionnel et création personnelle. Son travail a depuis pris des formes très différentes. Illustration numérique, peinture, affiches, carnets de voyage : Hugues Baum refuse de s’enfermer dans un seul registre.

Créer sans filet
Avec le temps, dessiner et peindre sont devenus plus qu’une pratique. Presque une nécessité. Hugues Baum ne se sépare guère de son carnet de croquis, dégainé dès qu’une silhouette, un lieu ou une impression réclame d’être fixé sur le papier. L’artiste dessine beaucoup sur le vif, comme pour conserver la trace d’un instant avant qu’il ne disparaisse. « Lors d’un voyage en Asie, j’ai vraiment eu un choc lorsque j’ai découvert la jungle. J’ai compris la façon dont l’extérieur peut bouleverser l’intérieur. » Cette idée pourrait presque résumer sa manière de créer. Hugues Baum absorbe ce qu’il voit, le laisse cheminer, puis quelque chose réapparaît ailleurs, parfois longtemps après. « La plupart du temps, j’ai besoin de sortir des choses et je ne comprends qu’après coup. » Depuis quelques années, il ajoute encore une dimension à sa pratique : la performance en direct. Son baptême du feu se fait pendant le set d’un groupe de musique. Depuis, il pousse plus loin l’expérience en associant peinture et récit. Aux côtés de la conteuse Nathalie Marco, il accompagne L’Homme qui plantait des arbres, le texte de Jean Giono. Pendant la lecture, l’œuvre apparaît progressivement sous les yeux du public. Le principe est volontairement fragile : pas de dessin préparatoire sur la toile, pas de véritable possibilité de retour en arrière. Et c’est précisément cette absence de filet qui l’attire.« Le live, c’est de l’adrénaline pure. La toile n’est pas crayonnée au préalable. Il faut le réussir, le village! Après, tu te concentres sur une surface donnée et tu décroches. » À cet instant, le reste disparaît. Il n’y a plus ni public, ni durée, ni hésitation. Seulement l’espace à remplir et le geste à accomplir. À mesure que les années passent, Hugues Baum affirme paradoxalement avoir de moins en moins de certitudes. Une manière de laisser davantage de place à l’accident, à l’inconnu et au plaisir, qui reste son véritable fil rouge. Après plus de trente ans passés à fabriquer des images, Hugues Baum n’essaie finalement plus tellement de savoir où elles vont le conduire. Il continue simplement à ouvrir son carnet, à regarder autour de lui et à laisser le trait faire le reste. Comme lorsqu’il était enfant. Avec peut-être une seule différence : aujourd’hui, il sait que dessiner n’est pas seulement une manière de représenter ce qui l’entoure. C’est sa façon de le comprendre.
Emilie Jafrate
Contact: 06 26 66 27 06
baumhugues@gmail.com
