Peinture, métal, graffiti, costumes, performances… Depuis plus de dix ans, Mathieu Constantin, alias Zorg Muskarina, construit un univers où les disciplines se croisent et se nourrissent. Un imaginaire foisonnant, volontiers fluorescent et fantasmagorique, dans lequel l’artiste avance sans plan tout tracé, guidé par la matière, les formes et l’envie d’expérimenter.
Tout est parti d’un triptyque installé dans son village. Le déclic. Il pousse Mathieu Constantin à regarder autrement ce qu’il crée depuis des années. Amateur de rave et de free parties, marqué par leurs univers graphiques fluorescents, mais aussi grand lecteur de bandes dessinées, il nourrit son travail de toutes les images et de toutes les influences qui traversent sa vie. Chez Zorg Muskarina, difficile d’ailleurs de séparer totalement les disciplines. L’artiste est aussi artisan. Métallier-ferronnier de métier, il commence naturellement par transformer ses chutes de métal en sculptures. La matière professionnelle devient matière artistique. Peu à peu pourtant, la peinture prend davantage de place, jusqu’à devenir son principal terrain d’expression. Acrylique, peinture fluorescente, superpositions, formes organiques, taches laissées volontairement libres de poursuivre leur chemin… Mathieu Constantin ne cherche pas nécessairement à maîtriser chaque centimètre de la toile. Il préfère provoquer une rencontre, observer ce qui apparaît et rebondir sur l’accident ou l’imprévu. « La peinture reste mon travail le plus personnel. Je reste seul face à ma toile et le pinceau me permet de découvrir des choses, de m’emmener là où il le veut. »
Laisser la peinture l’emmener ailleurs
Son univers se construit ainsi presque par exploration. Un monde fantasmagorique, mouvant, parfois proche du vivant, dans lequel les formes semblent pouvoir évoluer d’elles-mêmes. En ce moment, ce sont notamment les paysages sous-marins et les profondeurs qui nourrissent ses recherches. Un travail plus lent qu’il n’y paraît, fait d’observation, de documentation, d’essais et surtout de patience. Car Mathieu Constantin sait aussi travailler dans un tout autre rapport au temps. Lorsqu’il graffe, le geste se fait plus immédiat. Il faut décider vite, composer avec un espace donné et construire une image dans l’instant. Deux pratiques presque opposées qui lui permettent justement de ne jamais s’enfermer dans une méthode unique. La peinture, il l’a d’ailleurs retrouvée récemment après près de huit années de pause. Une parenthèse qui ne signifiait pas pour autant la fin de la création. Durant cette période, Zorg Muskarina s’est davantage tourné vers le spectacle, la performance et la conception de costumes. Sous ce pseudonyme, il a également expérimenté d’autres formes scéniques, jusqu’au jonglage. Une continuité finalement logique pour un artiste qui semble moins attaché à une discipline qu’au plaisir de fabriquer des univers. De la ferronnerie au pinceau, du graffiti au costume, Mathieu Constantin change de matière mais rarement de moteur. Celui de la curiosité. Chez Zorg Muskarina, une technique en appelle toujours une autre et une création semble surtout être une porte ouverte vers la suivante.
Emilie Jafrate
Contact : 06 75 31 97 57
zorgmuskarina@gmail.com