Où en est le bâtiment dans le 68 ?

Avec la diminution des chantiers public ou privés, de nombreuses entreprises du bâtiment connaissent des difficultés. Pierre Fuetterer, Secrétaire Général de la Fédération du Bâtiment et des Travaux Publics du Haut Rhin, a répondu à nos questions.

Pierre Fuetterer, Secrétaire Général de la Fédération du Bâtiment et des Travaux Publics du Haut Rhin
Pierre Fuetterer

Un mot de la conjoncture actuelle ?
PF : Les mises en chantier ont fortement diminué, ce n’est pas un secret. Concernant les logements, elles sont au nombre de 2.500 en 2013, contre 3.300 à 3500 en année normale et 4.000 lors des bonnes années. Le non-résidentiel a diminué aussi : les immeubles de bureau, halls de stockage, commerces… Seul le secteur de la rénovation se maintient avec une baisse légère de 1%. Sans compter que les entreprises de travaux publics dépendent à 60% des communes et communautés de communes. A cet égard, la période électorale a compliqué les choses.

La rénovation énergétique n’est elle pas justement une voie d’avenir pour la profession avec tout le potentiel de travaux que cela représente ?
PF : Oui cela devrait être le cas mais le marché n’est pas encore tout à fait mûr. Seuls les ménages avertis et conscients de l’utilité de l’optimisation énergétique se lancent dans les travaux. En rénovation énergétique, il faut avoir une vision globale et c’est complexe. Remplacer des fenêtres c’est bien, mais il faut aussi contrôler les déperditions d’énergie par le toit, les murs extérieurs ou les sols. Souvent, le montant des travaux est élevé pour que la performance globale s’améliore sensiblement. C’est aussi un frein.

Pourtant il y a des aides à l’amélioration énergétique ?
PF : Oui, c’est un secteur encore très aidé, avec une TVA à 5,5%, un crédit d’impôt à hauteur de 25% de la dépense (plafonnée, NDLR), le dispositif Je Rénove BBC de la Région Alsace et EDF, lANAH pour les ménages modestes, le prêt à taux Zéro et les Espace Info Energie pour se renseigner, grâce à l‘ADEME. Les artisans se sont formés à la gestion globale de l’énergie dans le logement… Bref, tous les dispositifs sont en place, mais la prise de conscience des consommateurs se développe plus lentement.

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Et quid de l’accessibilité, une autre source importante de chantiers ?
PF : Là aussi, c’est un marché énorme, et il y a beaucoup de retard par rapport à l’échéance du 1er janvier 2015. Quand on voit les constructions actuelles, on en prend conscience. Pensez par exemple à tous les seuils de balcon, qui devraient être de plain pied… alors que presque tous comprennent un seuil à enjamber pour passer de l’intérieur à l’extérieur. Et ce n’est qu’un détail parmi toutes les normes à respecter. Le souci est que le coût de mise aux normes est élevé pour les petites entreprises.

Quels sont les soucis dont vos adhérents vous parlent le plus ?
PF : Beaucoup nous parlent d’une tension forte sur leur trésorerie. Les marges diminuent, les réserves aussi, et les clients paient leurs factures à 80 jours, alors qu’il faut payer les fournisseurs à 45 jours. Les délais concernant les factures de soldes de travaux notamment peuvent être payées avec des délais très longs. Tout ceci dans un contexte où les banques ne jouent pas vraiment le jeu.

Quel est le souci que rencontrent vos adhérents avec les banques ?
PF : Il leur arrive de devoir fournir des garanties très élevées, comme par exemple une hypothèque et deux cautions personnelles pour un entrepreneur qui veut investir dans un nouveau bâtiment. Idem pour une entreprise qui souhaite renouveler du matériel. La couverture peut aller jusqu’à trois fois le montant de l’emprunt. Ceci freine évidemment les investisseurs.

Quelles sont les entreprises qui tirent leur épingle du jeu dans un contexte aussi contraint ?
PF : Les entreprises qui ont une bonne notoriété et qui font des travaux de qualité auprès d’une clientèle aisée, évidemment se portent bien. On peut y ajouter celles qui sont très spécialisées sur un savoir-faire de niche. Mais depuis 2008, on ne peut pas dire qu’il n’y ait vraiment des règles… Communiquer peut être utile, de notre côté nous tâchons de le faire avec des campagnes publicitaires ou en exposant à des Salons comme Positivie. Nous sommes aussi partenaires de la CGPME pour la campagne Planète Bleue, qui vise réduire la consommation énergétique des entreprises.

Propos recueillis par Béatrice Fauroux

carre-jaune-okContact : Pierre Fuetterer, Fédération du Bâtiment et des Travaux Publics du Haut Rhin
12 allée Nathan, Mulhouse – 03 89 36 30 60

Les Fédérations départementales du BTP accompagnent et soutiennent les entreprises en répondant à toutes les questions qu’elles se posent dans leur vie quotidienne.

Leur mission s’articule autour de trois axes essentiels : action d’influence auprès des décideurs (via des mandats, communiqués, etc.), expertise pluridisciplinaire (conseil juridique, formations…) et assistance de proximité, actions de communication, etc.

La FBTP du 68 compte 700 adhérents pour 11.000 salariés, soit le tiers de entreprises locales. Elle milite actuellement avec tous les acteurs du pays pour faire bouger les lignes du dossier pénibilité, complexe pour les petites entreprises du Bâtiment.


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PORTRAIT BEA

Béatrice Fauroux

Fondatrice et rédactrice en chef

Catégorie associée :

Industrie

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