Fernand Heinis, bâtisseur d’un esprit collectif dans le Sundgau
Édition : Mulhouse/Sud-Alsace - 3 mars 2026
Il a été la cheville ouvrière du Groupement des Bâtisseurs du Sundgau, en 1981. Après plus de quarante années passées à sa présidence, une page se tourne. Fernand Heinis a choisi de passer le relais. Rencontre avec un homme de caractère, profondément engagé.
– En 1981, vous créez le groupement des Bâtisseurs du Sundgau, pourquoi?
– Cela ne s’est pas fait du jour au lendemain. Il a fallu tout inventer. L’idée était de s’unifier pour mieux valoriser notre savoir-faire et ne pas perdre nos marchés locaux face à une concurrence de plus en plus structurée avec des acteurs de plus en plus importants. Nous avons créé le GBS avec 19 entreprises, à raison de deux entreprises par métier. C’est ainsi qu’est né le GBS, le 8 mai 1981. Nos points communs étaient l’exigence du travail bien fait, la tenue des délais et un prix moins cher que la concurrence pour pouvoir emporter des marchés importants.
– Deux ans plus tard, naît Expo-Salon Habitat de Waldighoffen… Une véritable innovation, pour l’époque…
– L’idée était d’aller toujours plus loin. Pour la promotion de nos métiers, il fallait pouvoir exposer. Dans le GBS, nous étions deux entreprises à avoir exposé dans les années 70 à Mulhouse. Nous avions l’expérience, ce qui nous a permis de convaincre les autres membres. Et avec l’expo, nous avons lancé les constructions clé en main de maisons individuelles mais aussi de résidences. Notre première réalisation date de 1985.
– Plus de 40 ans après, ce salon a grandi et bénéficie d’une belle réputation. Les exposants tout comme les visiteurs y sont très attachés, comment l’expliquer?
– C’était une innovation en pleine campagne, mais un salon qui reste à l’ancienne, dans lequel la plupart des commerçants se connaissant, dans lequel aussi les gens se rencontrent et se parlent. C’est une ambiance propre au Sundgau. Et la gastronomie y est importante, c’est un salon sur lequel on mange bien aussi avec trois restaurants.
– Avez-vous une anecdote ou un moment marquant à partager avec nous?
– Le samedi 4 mars 2006, à 18h, nous avons dû tout arrêter. Nous avions 50cm de neige et le risque était trop grand, à la fois sur les routes – tout était bloqué – mais aussi sous nos chapiteaux, qui s’affaissaient avec le poids de la neige. La semaine qui a suivi, nous avons travaillé sur la Foire pour tout dégager et pouvoir la reporter huit jours plus tard. Elle aura au final duré cinq jours sur deux week-ends avec une fréquentation même un peu plus importante qu’espérée. Et aujourd’hui encore, c’est comme ça : tous les associés du GBS sont convoqués pour la préparation, aussi bien que le rangement.
– Quelle est votre histoire avec ce monde du bâtiment? Etait-ce une vocation?
– Je suis issu d’une famille d’agriculteurs. Mon frère aîné devait reprendre l’exploitation familiale, mais il a dû partir en mission en Afrique. J’ai arrêté l’école du jour au lendemain. Lorsqu’il est revenu, j’ai eu l’opportunité d’accéder à une formation, mais il n’en restait qu’une de disponible : le sanitaire et chauffage. J’ai ensuite alterné école et entreprise en intégrant une société suisse. J’y suis resté sept ans et j’ai évolué jusqu’à devenir chef de chantier. C’est là que la folie m’a pris et j’ai décidé de quitter le salaire et le confort, j’ai démissionné, pour créer ma propre entreprise. J’avais envie de devenir patron, sans doute.
– La formation, justement, vous y-êtes très attaché…
– Oui, c’est un autre pan de ma vie. Chez Heinis, nous avons formé près de 66 apprentis. Encore aujourd’hui, 2/3 d’entre eux sont toujours dans le métier. Et lorsque je les croisent, pas un seul ne passe à côté de moi sans me dire bonjour.
– Enfin, comment avez-vous vécu cette passation de relais?
– Je n’ai pas vu que je vieillissais. Mais aujourd’hui, j’ai 84 ans et beaucoup de mes copains du GBS ne sont plus là. Et puis Alexandre Fuetterer est un bon professionnel et c’est une personne que j’aime bien. J’ai entièrement confiance en lui. Je suis certain que l’Expo-Habitat de Waldighoffen est entre de bonnes mains! Je tiens d’ailleurs à remercier M. Stuber de la CMA (Chambre des Métiers d’Alsace) qui nous a soutenu à la création du GBS notamment, ainsi qu’Hubert Wolf, architecte à Werentzhouse et bien sûr Alexandre Fuetterer pour avoir repris le flambeau.
Propos recueillis par Emilie Jafrate