[DOSSIER] La diffusion en suspens, Olivier Dieterlen et son équipe du Noumatrouff ont mis les bouchées doubles sur l’accompagnement dans la pratique artistique et la création

Labellisé Scène de musiques actuelles (SMAC), le Noumatrouff a dû mettre sa mission de diffusion entre parenthèses. Son directeur Olivier Dieterlen et son équipe ont en revanche utilisé ces mois sans concert pour développer leurs deux autres missions : l’accompagnement dans la pratique artistique et la création.

Cinquante jours d’occupation pour résidences
Si le public a été contraint de déserter les lieux, les artistes professionnels, eux, ont continué de fréquenter le Noumatrouff. En 2020, la salle de musiques actuelles mulhousienne comptabilise ainsi une cinquantaine de jours d’occupation pour une vingtaine de groupes en résidence. « Nous avons ainsi pu répondre à l’une de nos principales missions, souligne Olivier Dieterlen, le directeur des lieux. Il y a eu quasiment autant de jours de résidence que de concerts. Les groupes ont été rémunérés et les techniciens ont pu travailler. Nous avons également dématérialisé toutes nos formations. » Les locaux de répétitions, eux, sont en revanche restés fermés. « La pratique de la musique amateur est à l’arrêt depuis un an. C’est dramatique », lâche Olivier Dieterlen.


La sécurité du public, leur préoccupation depuis toujours
Côté diffusion, tous les concerts programmés jusqu’en juin 2020 ont été annulés. L’équipe du Noumatrouff s’était alors attelée à une programmation pour septembre et octobre, avec des jauges revues à la baisse et tout le protocole sanitaire exigé pour ce lieu accueillant du public. Seules deux dates ont eu lieu. « Nous avons investi 5 000 euros pour aménager notre club et l’accès au bar. La Ville de Mulhouse nous a prêté des chaises pour la grande salle. Nous avons mis en place un fléchage, les gens ne touchent aucune porte et du gel hydroalcoolique était disponible partout. Nous avons fait des concerts d’une petite centaine de personnes et les gens étaient heureux, malgré les masques et le fait de devoir rester assis. Nous n’avons pas attendu cette crise sanitaire pour penser à la sécurité des gens. C’est notre préoccupation toute l’année. »


2  000 billets en attente entre les mains du public
Une situation d’autant plus frustrante que 2020 s’annonçait comme celle de tous les records. « Jamais nous n’avions eu autant de dates complètes à l’ouverture de saison, se souvient Olivier Dieterlen. C’était un beau premier semestre, fruit du travail livré ces dernières années. C’était aussi l’arrivée d’une nouvelle génération qui s’appropriait les lieux, un retour en force de la jeunesse. Ce premier confinement généralisé, en mars 2020, nous a abasourdi. C’était le coup de grâce. » Le Noumatrouff a été contraint d’annuler une dizaine de dates, en reporter une vingtaine dont quelques unes à modifier, les artistes s’annonçant avec de nouveaux projets. Près de 2 000 billets sont aujourd’hui entre les mains du public et en attente de report. Deux dates restent d’ailleurs encore complètes. « Nous n’avons pas demandé de don de la part de notre public. Nous préférons qu’ils les fassent à des structures moins bien loties que nous, comme les bars ou les restaurants. » 


« Nous avons moins d’activité, nous faisons donc moins travailler les gens autour de nous »
Economiquement parlant, le Noumatrouff de Mulhouse, c’est 1 million d’euros de chiffre d’affaires dont 50% provenant d’argent public. L’autre moitié est générée par la billetterie, le bar, les locaux de répétition et le sponsoring. « En 2020, nous avons généré 10% de ce budget, soit 50 000 euros. Le plus gros problème, c’est qu’il n’y a pas eu d’argent réinjecté dans l’économie locale. Les concerts, ce sont les cachets des artistes, mais aussi des hôtels, du catering (partie restauration), de la location de voitures, les afficheurs… Nous avons moins d’activité, nous faisons donc moins travailler les gens autour de nous. » Olivier Dieterlen a également fait le choix de travailler à affectif réduit en ne renouvelant pas deux CDD. De nombreuses interrogations restent en suspens, sur les mois à venir. « Tout le monde est en attente. On ne sait plus quoi faire. Un concert devait avoir lieu en février, nous avons vendu trois places. Toutes les décisions tombent du jour au lendemain. Programmer une date c’est aussi en faire la promotion, engager des frais… »


Emilie Jafrate


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